Manifeste du Comte de Chambord: la fausse (?) querelle du drapeau.

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Henri d’Artois, duc de Bordeaux, comte de Chambord, «Enfant-miracle»

C’est aujourd’hui, 5 Juillet, l’anniversaire du plus célèbre des manifestes du Comte de Chambord. C’est l’occasion de revenir sur une sale histoire de linge (mal) lavé en famille.

En 1871, après l’aventure impériale et l’occupation du pays,  une majorité royaliste est élue à l’assemblée. Portée par ce mouvement électoral, la restauration paraissait assurée; elle n’eut pourtant jamais lieu. Pourquoi? Parce qu’elle achoppa sur la célèbre «question du drapeau», qui opposa les élus de  l’Assemblée Nationale à l’héritier des rois à propos de la couleur de l’emblème national, divisés respectivement entre partisans du drapeau tricolore et partisan du drapeau blanc.

Aussi incroyable que cela paraisse, rien ne vint solutionner cette question symbolique, chacun campant sur ses positions.

Devant l’importance de la restauration pour l’avenir du pays, on accusa l’héritier légitime de se braquer. Le Manifeste du 5 Juillet fait alors connaître la position définitive d’Henri d’Artois sur la question: c’est le drapeau Blanc ou rien.

«Non, je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard d’Henri IV (…)»

«C’est (…) [dans les plis glorieux de cet étendard sans tache] (…) que s’est faite l’unité nationale ; c’est avec lui que vos pères, conduits par les miens, ont (…) vaincu la barbarie; c’est lui qui vaincra la barbarie nouvelle dont le monde est menacé.(…)»

«Je l’ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu’il ombrage ma tombe.»

«Français, Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d’Henri IV.»

Cette situation aboutit alors à une crise politique, débouchant à son tour sur une impasse institutionnelle: Mac Mahon remplace Thiers à la tête de l’exécutif en tant que président d’une république temporaire de 7 ans,  qui sera pourtant définitivement installée en 1879.

Devant l’échec de cette restauration pourtant immanquable, c’est sur les épaules du Comte de Chambord que la responsabilité de cet incroyable gaspillage fut chargée. Que n’entendit-on alors sur Henri d’Artois, accusé de toutes les tares, passant au mieux pour un irresponsable politique, héritier qui reçut le trône mais le perdit…pour un chiffon! Aujourd’hui encore,  même dans les milieux favorables, son image reste pour le moins ternie.

Est-ce bien là toute l’histoire du Manifeste du Comte de Chambord, un 5 Juillet 1871, qui coûta à la France la chance d’une restauration à la veille du XXe siècle? Assurément non. La réalité est bien différente de cette fable à charge. En effet, point d’entêtement romantique; c’est une histoire de basse politique d’intérêt de caste qui se dévoile: c’est le libéralisme qui refusa la royauté; la centralisation qui s’opposa au régionalisme.

«[Au travers] de ce drapeau, on a parlé de conditions que je ne [peux accepter]»

La voix d’un homme est souvent inaudible face aux centaines d’autres qui l’accusent. Les intérêts particuliers du nombre ont tonné plus fort que l’intérêt publique d’un seul.

Nous essayons  de lui rendre hommage ici.

Reconstruire sur les ruines: restaurer les libertés.

En Février 1871, une fois la Seconde République Impériale tombée, des élections sont organisées et les Français envoient alors à l’Assemblé Nationale une majorité de représentants favorables au rétablissement de la monarchie en France.

A partir de Juillet 1871, le successeur des Rois de France fît paraître une série de manifestes qui énoncent, dans une présentation qui rappelle un programme, sa totale disponibilité envers le pays et ses habitants.

«Je ne puis oublier que le droit monarchique est le patrimoine de la nation, ni décliner les devoirs qu’il m’impose envers elle. Ces devoirs, je les remplirai (…). Dieu aidant, nous fonderons ensemble, et quand vous le voudrez, sur les larges assises de la décentralisation administrative et des franchises locales, un gouvernement conforme aux besoins réels du pays. Nous donnerons pour garantie à ces libertés publiques auxquelles tout peuple chrétien a droit, le suffrage universel honnêtement pratiqué et le contrôle de deux Chambres, et nous reprendrons, en lui restituant son caractère véritable, le mouvement national de la fin du dernier siècle.»
(Le 5 Juillet 1871)

Le Comte de Chambord propose donc le plein rétablissement du Royaume de France, dans ses Lois et ses Libertés publiques traditionnelles, un Etat de droit à la fois décentralisé et uni, socialement et juridiquement protecteur et démocratiquement équilibré. Il veut réinstaurer la monarchie tempérée de toujours. Mais c’est là le problème: si 59% des élus sont pour un rétablissement de la monarchie, ils sont surtout 60% pour l’instauration d’un régime économique avant tout libéral, fils de la Tabula Rasa individualistes de 1789.

Ce que veulent instaurer ces notables de régime, face aux soulèvements populaires de la Commune et confronté la question ouvrière, c’est un Etat fort ET libéral, protégeant à la fois la propriété privée et le libéralisme des affaires, c’est-à-dire un empire sans les guerres ou un royaume sans les libertés publiques traditionnelles.

Or, le Comte de Chambord n’a pas l’intention d’être la caution couronnée de ces intérêts privés et veut réinstaurer franchises régionales et libertés collectives protectrices.

Une domination monarchiste de surface et une opposition libérale majoritaire.

Chambre des députés en Fév. 1871

Il y a donc une profonde division: cette monarchie d’affaire, que ces élus appellent de leurs vœux, ce n’est pas la Royauté légitime qui fit la France, et Henri d’Artois le sait. Il dénonce alors ce parti pris des classes supérieures qui, depuis plusieurs années, tentent d’imposer au pays un régime libéral, quelle que soit sa forme du Gouvernement.

«Une minorité révoltée contre les vœux du pays, en a fait le point de départ d’une période de démoralisation par le mensonge et de désorganisation par la violence. Ses criminels attentats ont imposé la révolution à une nation qui ne demandait que des réformes, et l’ont, dès lors, poussée vers l’abîme où hier elle eût péri sans l’héroïque effort de notre armée. Ce sont les classes laborieuses, ces ouvriers des champs et des villes dont le sort a fait l’objet de mes plus chères études, qui ont le plus souffert de ce désordre social.» (5 juillet 1871)

Il ne veut pas tromper les Français sur ce point et parle clairement en ramenant le débat au niveau du symbole: il annonce vouloir porter le drapeau de la vraie Royauté, celui de l’unité de tout le pays et non celui de la division parlementaire des nouveaux privilégiés.

«A l’occasion de ce drapeau, on a parlé de conditions que je ne dois pas [accepter].

Tout en reconnaissant les immenses sacrifices faits sur les champs de batailles, il ne peut reconnaître au drapeau militaire tricolore le privilège de représenter notre Pays, puisqu’il fut le drapeau de la guerre civile, de la division et de la Terreur, d’une tyrannie sanglante au bénéfice de quelques-uns et au détriment de la majorité.

«Je suis et veux être de mon temps ; je rends un sincère hommage à toutes ses grandeurs, et, quelle que fut la couleur du drapeau sous lequel marchaient nos soldats, j’ai admiré leur héroïsme et rendu grâces à Dieu de tout ce que leur bravoure ajoutait au trésor des gloires de la France. Entre vous et moi, il ne doit subsister ni malentendu ni arrière-pensée.»

Les intérêts particuliers se liguent alors contre cet héritier si peu coopératif. On espérait que l’attrait d’une couronne lui fasse jeter par la fenêtre des principes auxquels ces intérêts étaient opposés.

Une réconciliation de famille obtenue pour des bénéfices politiques à court terme.

Le Comte de Chambord était le représentant légitime descendant directement de la branche aînée des rois, mais il n’avait pas d’enfants, et sa succession au trône de France était pressentie en faveur d’une sous branche cadette, celle d’Orléans. Pour ce faire, le représentant de la famille d’Orléans, descendant du régicide Philippe-Egalité et de son petit-fils l’usurpateurs Philippe, approcha le Comte de Chambord et fit amende honorable en le priant d’accepter leur réconciliation, en espérant recueillir la succession de la couronne légitime; Chambord reçu les prières de réconciliation en espérant la politique d’Orléans sincèrement ralliée à la royauté véritable.

L’Union des deux branches opposées de la même famille fut alors applaudit par tous : réconciliation, réunion, oubli des dissensions. Tout se coordonnait divinement, la politique libérale Orléaniste se paraît alors de légitimité. Il n’y avait alors plus qu’à proclamer le Comte de Chambord comme Roi de France, et attendre pour que soit ensuite transmise aux libéraux Orléans la couronne de France.

Quel jeu de dupes où tous les intérêts s’accordent, en une révérence,  à une seule convergence d’intérêts bien aiguisés!

La royauté n’est pas qu’une monarchie.

Mais le Comte de Chambord continuait cependant d’effrayer les élus en insistant sur l’importance des Lois et des Libertés Fondamentales qu’il comptait immédiatement restaurer, selon le modèle traditionnel français.

Les libéraux n’étaient pas prêts à tout sacrifier pour une monarchie; au contraire c’était à la royauté qu’ils demandaient d’abandonner ses principes pour n’en conserver que le vernis.

Il s’agit dès lors de salir le principe royale français traditionnel et légitime auprès des Français, afin d’affaiblir la volonté du prétendant, en espérant que devant la réaction populaire manipulée, celui-ci préférerait un trône allégé plutôt que pas de trône du tout.

C’est l’inverse qui se produisit, Chambord affirmant alors qu’il ne saurait s’abaisser à abandonner les principes traditionnels français pour, une fois assis sur le trône, donner le change au peuple en lui masquant de sa bonne couronne une politique en réalité hostile. Il répliqua en dénonçant les mensonges et les anathèmes jetés sur la monarchie tempérée qu’il souhaite instaurer:

«Dans les plis glorieux de cet étendard sans tache, je vous apporterai l’ordre et la liberté. (…) Parce que l’ignorance ou la crédulité auront parlé de privilèges, d’absolutisme et d’intolérance, que sais-je encore ? de dîme, de droits féodaux, fantômes que la plus audacieuse mauvaise foi essaye de ressusciter à vos yeux, je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard d’Henri IV, de François Ier et de Jeanne d’Arc.»

L’apparition d’opposition ad principem: la royauté, c’est le despotisme

On accusa alors directement l’homme de vouloir rétablir une monarchie absolue, confortant dans les esprits la confusion entre arbitraire et absolu. Il s’attacha à distinguer le despotisme de l’absolutisme:

«Je connais toutes les accusations portées contre ma politique, contre mon attitude, mes paroles et mes actes. (…) Mais aujourd’hui, en présence de tant d’erreurs accumulées, de tant de mensonges répandus, de tant d’honnêtes gens trompés, le silence n’est plus permis. (…) On a feint de comprendre que je plaçais le pouvoir royal au-dessus des lois, et que je rêvais je ne sais quelles combinaisons gouvernementales basées sur l’arbitraire et l’absolu. Non, la monarchie chrétienne et française est, dans son essence même, une monarchie tempérée qui n’a rien à emprunter à ces gouvernements d’aventure qui promettent l’âge d’or et conduisent aux abîmes.

Cette monarchie tempérée comporte l’existence de deux Chambres, dont l’une est nommée par le Souverain, dans des catégories déterminées, et l’autre par la nation, selon le mode de suffrage réglé par la loi. Où trouver ici la place de l’arbitraire ?

Le jour où, vous et moi, nous pourrons face à face traiter ensemble des intérêts de la France, vous apprendrez comment l’union du peuple et du roi a permis à la monarchie française de déjouer, pendant tant de siècles, les calculs de ceux qui ne luttent contre le roi que pour dominer le peuple.» (2 Juillet 1874)

Adolphe Thiers

Ne pouvant le raisonner, on porta la querelle alors sur la question des pouvoirs politiques du Roi, espérant ainsi empêcher Chambord de mettre son programme en application en le cantonnant à un rôle de représentation. Reprenant les visions libérales de B. Constant, théoricien de l’orléanisme politique qui fait du Roi un pouvoir uniquement modérateur, Adolphe Tiers en accentue la formule: « le Roi n’administre pas, ne gouverne pas, il règne ».

Défendant l’équilibre des pouvoirs, Chambord répond que le trône ne saurait être un fauteuil vide, et encore moins quand il s’agit de servir de caution impuissante à une politique contraire aux principes qui construisirent notre pays.

«On recherche des alliances sérieuses et durables ; tout le monde comprend que la monarchie traditionnelle, seule, peut les donner. Je veux trouver dans les représentants de la nation des auxiliaires vigilants pour l’examen des questions soumises à leur contrôle, mais je ne veux pas de ces luttes stériles de parlement(…) et (…) je repousse la formule d’importation étrangère que répudient toutes nos traditions nationales, avec son roi qui règne et qui ne gouverne pas, là encore je me sens en communauté parfaite avec les désirs de l’immense majorité, qui ne comprend rien à ces fictions, qui est fatiguée de ces mensonges.» (2 Juillet 1874)

L’impasse politique était irrémédiable; plus que la royauté, on voulait le libéralisme.

L’installation d’un régime républicain modéré libéral.

Refusant de proclamer le Comte de Chambord et son programme royal (pourtant si en avance sur son temps ; De Gaulle en 1958 en appliqua une partie, mais échoua en 1969 sur le reste) les libéraux se mirent d’accord sur l’instauration d’un septennat présidentiel, lugubre estimation de l’espérance de vie qu’ils attribuaient au Comte de Chambord, dans l’attente de la transmission de la succession aux Orléans qui acceptaient, eux, la Couronne sans les Lois.

Mais les ceux-ci n’auront ni la couronne, ni la France les Lois, puisque l’amendement Wallon, qui fit constater la République en 1875 par la conjonction des centres, déboucha sur la IIIème République, instaurée en 1879.

Ils pouvaient dès lors tirer sur les classes laborieuses, abandonnées, qui se tournèrent à leur tour vers l’illusion communiste. Le règne des totalitarismes s’empara alors de notre XXème siècle. Est-ce d’ailleurs fini ?

*  *  *

La question du drapeau, fausse querelle de chiffon inventée pour salir une position politique contraire à des intérêts privés, fut le début d’une longue série de mythes et de propagandes distillés dans les écoles du tournant du siècle pour nuire au souvenir de 1400 de Royauté, en attendant d’effacer 2000 ans de valeurs chrétiennes dans notre pays.

Henri a-t-il eu raison? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la question est encore d’actualité.

L’histoire à prouvé que ces représentants dits royalistes, préférant leurs intérêts personnels, tournèrent le dos à cette opportunité unique de rendre à la France sa Royauté et ses Libertés. Pour se décharger de l’échec, il était alors plus aisé d’accuser un homme contre lequel ces élus et leurs intérêts s’étaient majoritairement opposés. La mémoire d’Henri d’Artois en porte encore les marques. De son côté, malgré l’opportunité historique, Henri d’Artois n’a pas succombé aux sirènes des palais dorés qu’on agitait sous son nez de détrôné.

Reste une seule question valable: Henri aurait-il pu modifier de l’intérieur une autre politique que le libéralisme une fois réinstauré?

On peut le souhaiter, mais en réalité placé pour régner, non pour gouverner, selon l’expression consacrée, et vu son âge, il aurait été facilement renversé/remplacé à la moindre velléité de politique hostile aux puissants installés. Henri n’ayant pas d’héritier, la bien plus malléable branche d’Orléans lui aurait facilement succédé/usurpé (l’ordre dynastique ne les désignait pas), elle qui alors, de connivence en compromission, voulait couronner les partis et non plus les peuples, était finalement plus au service de ce qui s’est révélé une res privata qu’une res publica.

Il est heureux que la couronne de France n’ait pas servi d’autres intérêts que ceux des Français; cela, nous le devons à Henri, véritable boussole de légitimité.

N’en doutons pas: s’il avait pu abandonner le drapeau blanc pour obtenir les franchises régionales et les Libertés publiques de la royauté, Henri l’aurait sans doute fait sans regrets. Mais ce n’était pas le choix qui lui était accordé.

Les manifestes, ici.

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