Saint-Geneviève c/ Panthéon: tombeau des fondateurs c/ fondateurs du tombeau

Un titre volontairement accrocheur: dans une église dédiée aux sources de la France, on a imposé un temple aux fossoyeurs de celle-ci.

Me revient alors le souvenir du pourquoi de la fondation de l’église sur la montagne Sainte-Geneviève, en la bonne ville des parisiens. Je le partage avec vous.

Plan d'origine en cruciforme grec de l'église Sainte-Geneviève avec clochers

Au source du projet: une action de Grâce et un hommage au fondateur du Royaume.

Lointain descendant de Clovis dont il porte le prénom, Louis XV est gravement malade et fait le vœu de construire une église dédiée à Sainte-Geneviève s’il guérit, ce qui advient.

Commencent alors les travaux sur l’emplacement de la Basilique des Saint-Apôtres Saint Pierre et Saint Paul, que Clovis avait lui-même fait construire. Devenue Abbaye Saint-Geneviève et tombeau de la Sainte, Clovis y fut inhumé avec sa femme.

La basilique fut dévastée par les invasions normandes au IXe siècle. Si la Chasse avec les reliques de Geneviève avait pu être sauvée et conservée (au moins jusqu’à sa fonte en 1793), on perd la trace de la sépulture de Clovis. La Basilique ne fut pas détruite mais l’on se contenta à chaque fois de quelques réparations, jusqu’à Louis XV, qui lança la rénovation, avec des travaux qui vont durer 42 ans.

L’architecture choisie agitera beaucoup les esprits de l’époque, qui se piquent de tout et de rien: on pensait alors savoir que le dôme s’écroulerait tant les piliers-colonnes paraissaient fins.

En 1790, fin des travaux.

Une église symbole de la conception du pouvoir dans son rapport au sacré.

En 1791 meure Mirabeau; la mode est à l’Angleterre: on veut créer « à l’anglaise » un lieu des grands hommes comme à Westminster; on oublie ou on ignore que Saint-Etienne-du-Mont est l’équivalent en France regroupant Perrault, Racine, Pascal etc; on veut aussi faire oublier la nécropole royale de Saint-Denis.

La révolution est une religion et il faut à ses clercs un lieu de culte pour leurs saints. On hésite sur les lieux. Finalement, sous les applaudissements des grands hommes que sont les sanglants Barnave et Robespierre, on s’accorde sur Ste-Geneviève.

« Messieurs, Le Directoire du département propose à l’Assemblée nationale de décréter :

  1. Que le nouvel édifice Sainte-Geneviève soit destiné à recevoir les cendres des grands hommes, à dater de l’époque de notre liberté ;
  2. Que l’Assemblée nationale puisse seule juger à quels hommes cet honneur sera décerné ;
  3. Que Honoré-Riquetti Mirabeau en est jugé digne ; [il n’y restera pas longtemps!]
  4. Que les exceptions qui pourront avoir lieu pour quelques grands hommes, morts avant la Révolution, tels que Descartes, Voltaire, Rousseau, ne puissent être faites que par l’Assemblée nationale ;
  5. Que le Directoire du département de Paris soit chargé de mettre promptement l’édifice Sainte-Geneviève en état de remplir sa nouvelle destination, et fasse graver au dessus du fronton ces mots : Aux grands hommes la patrie [plutôt le Gouvernement révolutionnaire, NDLR] reconnaissante ».
En 1791, la confiscation du lieu est votée. On abat les clochers et les éléments chrétiens. On en fera un Temple républicain, puis un Temple de la Gloire, ou encore un Temple de l’Humanité, en fonction des philosophies au pouvoir.
Des saintetés politiques à reconnaissance variable.

On recense 75 individus proposées à la sanctification révolutionnaire.

  • Certains rentrent et sortent, au gré des modes.
  • D’autres refusent.
  • D’autres sont pressentis, mais ne sont jamais transférés.
  • D’autres sont des dignitaires étrangers ralliés à l’empire.
  • D’autres sont des scientifiques, sans doute pour faire oublier l’infâme « République n’a pas besoin de savants ».
  • D’autres enfin sont de parfaits inconnus mais leur conjoint a été offert à l’édification populaire.

Aujourd’hui, 71 personnes y sont entreposées.

La petite reconnaissance: la citation.

Après les saints, viennent les bienheureux. A défaut d’y transférer les corps (ou cendres) on appose le nom de ceux qu’on juge digne de l’hommage nationale.

Autel de la Convention, panthéon.

Le gouvernement révolutionnaire « honore ainsi ses fils en inscrivant leurs noms sur les murs du temple républicain » (j’ai envie d’ajouter : amen!).

Plus de mille noms y sont listés mêlant clients politiques révolutionnaires aux héros tombés au champs d’honneur, amalgamant républicains morts et morts pour la France.

Il y a même un autel à la Convention Nationale.

En 1885, pour Victor Hugo (et Papa aussi), on récupère le bâtiment pour en faire un monument-temple.

Le temple d’une religion philosophique prométhéenne : raison et progrès!

En bref, curieuse idéologie qui voulait:

-combattre la superstition en instaurant un culte à la Raison,

-lutter contre l’infâme clergé en le remplaçant par des loges,

-remplacer le calendrier chrétien par celui dit révolutionnaire [nous sommes en Septidi, Frimaire An CCXIX, jour de la « Saint » Chou-Fleur]

-faire disparaître la fraterité chrétienne par la fraternité citoyenne,

Il ne manquait plus qu’une Cathédrale-Temple pour que la parodie soit complète: c’est fait. On a pleinement régressé dans la magie et la superstition officielle, sous couvert de progrès rationnel.

Le positivisme prendra la suite avec sa Religion officielle de l’Humanité.

France des fondateurs et sectes de fossoyeurs.

La contraste est saisissant entre cette église d’action de grâce et cette vulgaire crypte vouée au clientélisme, variant en fonction de modes ou ralliements.

Quelle différence entre les fondateurs d’un pays à la culture admirée par le monde et les petits inconnus clients d’un régime racoleur au passé sanglant!

Prévues pour honorer des fondateurs de la France, que l’on soit croyant ou non,  le bâtiment sert aujourd’hui d’entrepôt pour ses fossoyeurs, auxquels on est bien prié de croire en communiant avec ferveur au mysticisme révolutionnaire guidant le peuple.

Et dire qu’on se moque des Communistes avec leur mausolée de Lénine.

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