Raison et progrès: les deux théories de gouvernement révolutionnaire

Tribune libre.

L’article 1 de la constitution de 1793 : « le but de la société est le bonheur commun ».

Raison & Progrès. Les mamelles de la révolution.

Le second devant découler de la première,  c’est un futur toujours radieux et constamment remis à des lendemains enchanteurs que notre régime poursuit sans cesse, sans but mais pas sans moyens, mais surtout sans succès.

la Raison, rationalisme déifié,  cherche à partir des sciences l’accès à la connaissance absolue (la Vérité). Résolument hostile à toute sorte de révélation métaphysique (le Savoir plutôt que la Croyance), cette idéologie n’est-elle pas une religion de substitution (le Comment plutôt que le Pourquoi, dit le positivisme), qui nous promet des avancées techniques, sociales et intellectuelles, progrès humain-paradis idéologique: le Bonheur, enfin?

Avant tout déconstruction, quelle construction cette philosophie des révolutionnaires annonce-t-elle?

Le Progrès, c’est quoi? Et surtout, c’est quand?

Raison & Progrès : « demain, on rase gratis ».

Cette amélioration qui sous-tend l’idée de progrès n’est pas limitée à une avancée simplement technique,  mais est élargie à  une avancée globale, humaine.

C’est-à-dire qu’on y loge ce que l’on veut. Le royaume du subjectif au coeur de la prétention objective (de quoi est fait votre bonheur?).

Toujours remis à demain, cette amélioration de ce que vous voulez est le véritable opium des masses,  une  incantation, un vœu pieux, un paradis qui vient. L’Etat-église se veut providence, promesse d’abondance.

Dans notre quotidien, ce Progrès se veut tantôt une Croîssance (version libérale), tantôt une Avancée (version sociale).

« Redonnons-nous les moyens de la Croissance(version libérale)»

«Le décret sur la complémentaire santé des territoriaux représente une avancée sociale forte! (version sociale)»

Donc le Progrès, c’est quoi et c’est quand?

C’est la marche en avant vers l’accomplissement d’une humanité libérée des ses superstitions et de ses entraves culturelles (l’Etat de bonheur), guidée sur et par la Raison.  Et la Raison? C’est une philosophie généreuse qui nous guide ver ce progrès

 Bref, le serpent se mort la queue.

 Une nouvelle croyance politique qui porte le germe totalitaire.

Les idéologies Raison (déesse positiviste, vaguement bénéfique) et Progrès (non quantifiable et non mesurable), filles illégitimes de la Réforme et du Scientisme, se nourrissent d’une vision messianique vantant les mérites d’une Nouvelle Société à venir, accomplissement de l’histoire.

C’est quand le progrès se résume à une récession (mot tabou si il en est aujourd’hui) que la bas blesse. L’idéologie de progrès ne peut connaître de régression (économique, culturelle, morale…).

Hérésie incompatible, l’idéologie qui se veut toujours un amélioration ne supporte pas de se heurter au mur de l’échec: on avance toujours vers le progrès.  Mieux qu’hier, moins bien que demain, un nouveau sens de l’histoire.

Mais quand notre idéologie réalise que sa société libre se transforme en anarchie raciste et oppressive, quand la science sociale tourne à l’ingénierie de l’apprenti-sorcier, quand le bonheur (« le bonheur est une idée neuve en Europe. » dira le terroriste Saint-Just)  tourne au cauchemar, on s’interroge.  Comment le bilan révolutionnaire rationnel-progressiste peut-il être moins réussi que l’héritage féodal-chrétien qu’on a jeté à bas? Les progressistes s’inquiètent.

Incapables de questionner leur dogme (le fanatisme et la superstition ne sont pas du côté que l’on dit), la porte du totalitarisme s’entre-ouvre:

– Contre la réalité tout d’abord: « l’analyse est biaisée, les chiffres sont faux, les statistiques sont mal retraités » entend-on. Puis on cache la réalité, on fait taire les indélicats, on passe à la politique de déni: « l’otruchienne ».

– Puis contre les hommes: des éléments doivent oeuvrer pour empêcher ce progrès. Malveillants, égoïstes, ils sont malsains et malfaisants: il faut purger la société de ces éléments pour qu’elle avance de nouveau. Mal certes, mais mal bénéfique: on entre dans L’orwellien.

Croyance idéologique entre gnose et science, habillée-déguisée de sciences et de libertés, l’idéologies révolutionnaire ne débouche que sur des idéologies dogmatiques aveugles et ne peut que se heurter au mur de la réalité qu’il faut rééduquer, d’où  totalitarisme.

Notre XIXè siècle est le laboratoire de ces superstitions devenues folles. Il n’est pas besoin de rappeler ces régimes à slogans prometteurs. Les enfants monstrueux de la révolution courent toujours…

Erreur de casting.

Ne nous demandons plus pourquoi nos gouvernants rechignent à utiliser les mots de récession (régression?) ou maquillent par décroissance l’échec d’un Progrès. « L’otruchienne » est à l’oeuvre.

Si le progrès est un échec, alors où est la Raison qui guide le peuple?

Il n’y a pas de sens à l’histoire vers lequel nous amènerait le Progrès (comme nous l’ont rappelé les régimes totalitaires), le progrès n’est pas une fin mais un moyen (progrès quoi? économique, technique, technologie…humain?!). Et pour quel objectif?

La Raison, invoquée à tours de bras, est cette divinité la plus mal partagée du monde. Là encore, on confond raison et intelligence, le moyen et la fin.

Guidé par deux lanternes sans lumière, on n’est pas prêt de sortir de ce tunnel particulièrement sombre.

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