Cuissage (droit de)

Le mythe du droit de cuissage, entre fantasme et malveillance.

Statut: mythe

Apparition: XIIIème, XVIIIème et XIXème siècle

Auteurs ou sources : Eglise, philosophes, libéraux

Assertion: le seigneur avaient droit de prima nocte (droit de première nuit, merci Holywood!), c’est-à-dire la possibilité légale de passer la première nuit avec la femme d’un de ses sujets.

Contexte:

  • XIIIème siècle: lutte entre l’Eglise, qui édicte au XIIe siècle la sacralité absolue du mariage devant être un droit égal pour tous à « une vie matrimoniale sans entraves », et les seigneurs qui possèdent encore les droits de taxes personnelles sur certains statuts d’hommes attachés à une terre. Ces droits furent: la taille servile (imposition), la mainmorte (impôt sur les héritages), le droit de suite (poursuite en justice même au-delà du territoire) et le formariage (obligation de mariage dans le territoire, rachetable). Ce dernier s’appelle le droit de cullage (du latin collagium, collecte).
  • XVIIIeme siècle: siècle libertin qui se veut éclairé, en opposition au moyen-âge obscure. Les Encyclopédistes s’emparent alors du mythe (Boucher d’Argis -l’inventeur de la formule droit de cuissage-, Voltaire, Beaumarchais) qui attribuent à la féodalité forcément oppressive, des fantasmes bien de leur temps.
  • XIXème siècle: période marquée par une forte opposition entre royalistes et libéraux, qui accusent (en 1854, première polémique officielle) ces premiers de tous les maux pour affaiblir leur position politique (Béranger, Paul-Louis Courrier, Jules Delpit…). On y rajoute un peu de tout à cette époque: droit de ravage (liberté donné au seigneur de galoper dans les champs du vassal ou du sujet pour ruiner un récolte en punition!), droit de prélassement (droit du seigneur d’éventrer ses sujet pour réchauffer ses pieds dans ses entrailles!) ou obligation légale faite aux serfs de battre les étangs pour faire taire les grenouilles dont le coassement gêne le repos du seigneur (et pas le bruit de battage!).

Réalité: aucun document juridique officiel n’a jamais validé ces assertions.

Conclusion:  Alain Boureau: « Le droit de cuissage n’a jamais existé dans la France médiévale. Aucun des arguments, aucun des faits insinués, allégués ou brandis, ne résiste à l’analyse; à chaque fois que l’enquête a pu cerner le contexte précis d’un cas qui ne relevât pas de la falsification ou du contre-sens, elle a repéré un pur effet de discours, ressortissant à l’insinuation tactique, à la dénonciation stratégique ou la hâblerie d’intimidation, sans que ces énonciations unilatérales soient jamais intimées, ni ne produisent la moindre interaction de droit ou de fait. « 

Pour aller plus loin: Alain Bourreau, Le Droit de cuissage. Histoire de la fabrication d’un mythe (XIIIème-XXème siècles), Paris, Albin Michel (« L’Evolution de l’humanité »), 1995, 325 p.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s