Etre Roi: abdiquer ou tenir le devoir de sa charge jusqu’au bout?

La renonciation.

Albert II de Belgique l’avait envisagée, avant que le système politique belge n’impose une absence de gouvernement de plus de 500 jours.

C’est aujourd’hui fait.

Béatrix des Pays-Bas l’a fait.

Benoit XVI l’a fait et encouragé.

Juan-Carlos d’Espagne s’y est résolu.

Elizabeth II d’Angleterre, elle,  s’y refuse.

Etc.

Alors, un souverain doit-il renoncer avec l’âge ou tenir sa charge jusqu’à sa mort?

Charles-vii-courronement-_Panthéon_III

 

En France, le souverain régnant par droit divin, oint et sacré, régnait jusqu’à sa mort. Le risque principal résidait plus alors dans l’absence de successeur dynastique que dans le risque de sur-longévité, rare à l’époque (celle de Louis XIV et de son hiver ne plaide pas pour elle). Qui plus est, le principe d’une couronne à vie limitait tout conflit familial ou manipulation entre successeur et prédécesseur.

A notre époque, où les ages canoniques courent à millions les caisses de retraites et monopolisent les postes d’élus (Jean-Claude Gaudin, 74 ans!), la question des charges à vie se pose quand cette dernière s’allonge toujours plus.

Elle se pose particulièrement dans les monarchies chrétiennes, dont le souverain possède une dimension sacrée conférée par la cérémonie du sacre, promesse solennelle sur les Evangiles, engagement perpétuel et entier devant Dieu et les hommes.

A la tête de l’Etat, les forces ou les capacités des hommes faiblissent, pour ne pas dire faillissent, tout autant que pour les autres activités. A la différence près qu’à ce niveau de responsabilité publique nationale, une faiblesse est autrement plus dangereuse pour tous.

Pour cette raison, la santé des dirigeants est une affaire d’Etat; devenu physiquement ou intellectuellement affaibli à l’extrême, le roi sera alors déclaré incapable. Mais qu’en est-il de l’âge avancé, qui place l’homme sain devant un amoindrissement de ses compétences et de ses capacités sans pour autant le soumettre à un empêchement grave?

Notre monde va vite; la pleine capacité est une condition incontournable pour remplir ces devoirs royaux. Y a-t-il une limite d’âge, un âge de retraite à imposer? 

Parallèlement, y a-t-il aussi un effet générationnel ou un excès de durée qui nuit à l’établissement de la continuité de l’Etat, devenue trop personnifiée. Est-on monarchiste ou Elizabethiste en Angleterre ? Un roi « chef d’Etat à vie » est-il souhaitable, est-il bénéfique pour la pérennisation de l’institution royale?

Aujourd’hui, dans nos Etats de droit, est-il raisonnable de tenir sa charge jusqu’à sa mort au nom de l’engagement devant Dieu? Comme tout engagement religieux (mariage, ordination etc.), le serment religieux du sacre doit-il être à vie?

Capacité c/ engagement: quid? 

C’est sans doute la grande leçon qu’a donnée Benoit XVI (lui qui connut la fin du pontificat de St Jean-Paul II) en renonçant à son pontificat, se sentant faiblir: la capacité à remplir son serment envers le bien commun prime sur l’engagement à vie.

En effet, dans cet engagement à remplir le bien commun (formulé ainsi en France: Protéger l’indépendance de l’Eglise, Conserver la paix, Empêcher l’iniquité, Observer la justice et la miséricorde, Soutenir la Foi, Préserver les droits de la Couronne, Maintenir les ordres), là réside le sens profond du sacre, son sens véritable. C’est  dans cette promesse de servir le bien commun, à assurer en pleine capacité le bon fonctionnement de la res publica, la bénépublique, que réside l’engagement sacré.

Le serment n’est plus alors jusqu’à la fin de sa vie, mais jusqu’à la fin de sa vitalité. C’est toute la différence entre le sacrement et le sacramental.

 

La faiblesse étant inhérente à l’homme, s’accrocher au-delà des ses propres forces relève de l’orgueil et non du respect envers son engagement. La vraie force tient à anticiper sa faiblesse pour organiser la transition du pouvoir, dans le respect plein du bien commun, en toute indépendance, loin des convoitises .

 

La leçon a été entendue par certains, parfois un peu tard. Sans doute parce que l’aveu de sa faiblesse reste difficile, particulièrement aux puissants.

 

 Institution c/ personnalisation: les deux corps du roi et l’intérêt publique.

 

Les fins de règnes sont souvent des hivers, au-delà des questions mêmes de capacités physiques. Devant les règnes qui s’allongent, les attentes de transitions gèlent les projets et les avancées dont une société à toujours besoins, fixant les générations suivantes dans des institutions portées voire personnalisées par les générations précédentes.

Pour que l’institution royale dure, elle ne doit pas être personnalisée. Le corps physique ne doit pas prendre le pas sur le corps institutionnel. On ouvre là alors le risque de dévoyer l’institution royale, qui n’est en rien une mandature personnelle.

L’homme incarnant trop longtemps l’institution, son caractère et sa personnalité rejaillissent infailliblement sur cette dernière.

Le risque est alors de voir la population perdre de vue le bienfait de l’institution royale, qui bénéficie à tous, en ne percevant plus que la personne: non plus chef d’Etat, mais devenu une personne au pouvoir, vaguement un homme politique non élu.

 

Les règnes longs sont des pesanteurs et une menace pour les institutions publiques, tout autant que les mandatures présidentielles interminables. Faut-il un âge au-delà duquel tout exercice de fonction publique est interdit? Oui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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