Le Christianisme n’est ni pacifiste, ni débilitant, ni impuissant.

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De la religion-force et de la religion-puissance.

Je voudrais livrer une petite réflexion à la suite du très intéressant mot de l’Abbé de Tanoüarn (Le sacrifice du Matin) faisant mention du rapport au statut de victime en religion et de la perception de la force (et aussi en réponse aux curés déni-oui-oui du vivre-ensemble aveugle). La question du martyre et de la force se pose en effet différemment selon les cultes : un martyr est chez les chrétiens une personne tuée pour sa foi ; ailleurs, c’est une personne qui meurt en tuant pour sa foi.

Aujourd’hui, et spécialement après l’attaque contre l’Abbé Jacques Hamel, le Christianisme est en procès et deux parties le mettent en accusation, sous un seul moyen mais en deux branches. En effet, deux critiques se font voie (voix) dans notre temps déligieux (de-ligare, délier; non religieux) et accusent le christianisme de la même chose : sa faiblesse.

Source des maux actuels pour l’une (néo-païens et/ou rationalistes), conséquence ontologique pour l’autre (mahométans), ces deux critiques dénoncent une culture du faible.

Mais s’il prêche en effet l’humilité et le pardon, la paix et l’amour, quelle place la force a-t-telle dans le christianisme ?

Le christianisme est-il un pacifisme malade, débilitant et impuissant ?

« Heureux les doux »: un pacifisme moral? Engoncé dans des décennies de bien-pensance, le Christianisme n’est perçu qu’à travers ses appels au dialogue ou à la paix. Car oui : le Christ appelle toujours à la paix. Certain voudrait bien entendre des appels à la guerre, mais ils n’arrivent jamais. De fait, le Christianisme apparaît comme un refus du combat.

Le Christianisme est-il une morale affaiblissante? Portée par un message christique originellement exogène à notre culture, une impuissance morale nous empêcherait de prendre des décisions fortes ; un dieu prisonnier, condamné et crucifié prônant la paix et le pardon créerait donc une apologie du sacrifice et du martyre, une morale victimaire néfaste, culturellement débilitante pour des peuples autrefois forts mais aujourd’hui minés, féminisés, loin de l’idéal de Mars. Pris à partie, nos peuples refuseraient les valeurs du combat puisqu’ils seraient désormais opposés au conflit ou à l’usage de la force.

Le Christ est-il impuissant? Pour le mahométan, le vrai dieu est Tout-puissant ; sa créature, en exerçant la force, exprime la puissance divine et rend publique, par la victoire sur l’autre, l’erreur de ce culte chrétien, justement faible et impuissant.

Ainsi, culture débilitante pour les néo-païens ou mauvaise foi pour les mahométans, le message christique est dénoncé: le message des chrétiens, c’est la faiblesse. Bref, Les chrétiens, c’est rien que des lopettes saboteurs du culte du peuple fort et c’est bien de leur faute. Or, ce sont au contraire les témoins d’une force non-agressive, non temporelle et inégalée. 

Le Christianisme est une force pacifique, qui ne se mesure pas en puissance temporelle et qui est absolument inégalée.

Il faut l’affirmer tout de suite: le Christianisme n’a pas peur du recours à la force, qui n’est pas la violence. Le Christianisme est bien une force, pacifique certes, mais une force quand même. « Quand on te frappe sur la joue gauche, tends l’autre joue ». Ce texte mal compris aujourd’hui semble, au mieux, un appel à ne rien faire, en attendant le martyre. Il met fin en réalité fin à la Loi du Talion, qui était elle-même un progrès dans la résolution des conflits en régulant la vengeance, introduisant un concept de juste réplique. Là où le Christ innove, c’est qu’il arrête la riposte automatique et commande : «  apprends à  pardonner ».

Mais à condition que le gifleur veuille arrêter ! Oui le Christianisme est pacifique ; non  le Christianisme n’est pas pacifiste. Le concept de légitime défense et de juste usage de la force est très clair. La légitime défense et la guerre juste sont des concepts éminemment chrétiens qui s’opposent à l’agression, mais encourage la défense. L’usage et le recours à la force ne sont pas prohibés dans le Christianisme, et sont même encouragés, si tant est qu’ils soient justes dans leurs actions et leurs objectifs. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls, le Bouddhisme aussi rejoint cette vision.

A celà, il faut aussi rappeler que Dieu n’est pas un acteur politique: les faiblesses de César n’ont pas à être corrigées par Lui. Pour nous chrétiens, cette question de la force politique est résolue depuis longtemps. Ceux qui aspirent à une religion politique, sont comme les Hébreux de l’Evangile, qui étaient dirigés par des personnels politiques et religieux corrompus, incestueux, hellénisés et soumis au pouvoir occupant romain; les Hébreux attendaient et espéraient un chef fort, religieux, civil et militaire, un libérateur, un meneur politique. Déjà en  leur temps, au moment même de l’annonce du message évangélique, les Zélotes imaginèrent ceci de Jésus : c’est toute l’histoire dramatique de Judas, qui suivait Jésus comme homme et non comme Dieu. Or la libération politique des hommes n’était pas le message. Jésus et le Christianisme n’annoncent pas un messianisme politique révolutionnaire, ni au temps des Evangiles, ni maintenant. Le Christianisme a donc pour ambition un royaume qui n’est pas de ce monde.  Pour la révolution, adressez-vous à vos politiques. Chacun son boulot !

Parallèlement, le message est universel, et il n’est absolument pas réservé à une ethnie ou un peuple uniquement pour qu’elle/il se l’approprie: il concerne tous les Hommes. L’Eglise ne porte pas la parole d’un dieu des occidentaux. Mais ne sous-estimons pas la force du message. « Combien de divisions ? », demandait en riant le puissant Staline à propos du Vatican ; c’est pourtant le puissant qui a disparu.

Enfin, le christianisme c’est surtout l’humilité de la puissance infinie. La Messe et la célébration de Pâques sont le cœur de la religion chrétienne, parce que nous célébrons la résurrection de Dieu, vainqueur de la mort. Dans le Christianisme, la Sainte Messe renouvelle le Saint Sacrifice de Dieu, véritablement mort sur la croix et surtout  véritablement vivant! (C’est d’ailleurs ce qui donne une dimension accrue à l’assassinat du Père Hamel, précisément durant la célébration de la Messe). C’est là qu’une question essentielle se pose : ces dieux tout-puissants peuvent donner la mort, on le voit, mais peuvent-ils la vaincre ? Le coran dit que Jésus n’est pas mort sur la croix. Mahomet meurt mais ne ressuscite pas. Quels sont ces dieux qui n’osent affronter la mort ? La vraie force n’est-elle pas de vaincre plutôt que de s’échapper? Or, c’est ainsi parce que seul Dieu le peut et seul Dieu l’a fait . Fait homme, simple parmi les simples, il meurt et ressuscite. Seul Dieu a vaincu la mort. La vraie puissance est là, dans la vie ressuscitée, pas dans la vie assassinée.

Pour conclure, il faut bien répéter que même dénigré et sali parce que mal compris, le Christianisme est pourtant porteur d’un message à la force invincible qui nous sublime tous.  Par la prière, les Chrétiens louent le Dieu juste, universel et seul vainqueur de la mort. Nous ne célébrons pas un culte misérabiliste et mortifère, mais un culte humble et glorieux à la fois : un tombeau certes, mais OUVERT !

Et non, nous n’avons pas peur de la guerre; et oui nous appellerons toujours à la paix.

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